02 février 2007

L'art caricatural ou l'expression d'un mécontentement: le goût du changement et l'absurdité de la colonisation.

Couverture du journal satirique l'Assiette au Beurre

le_bagne

La couverture du journal satirique l'assiette au beurre présente en son centre un négrier confortablement assis sur une chaise un rocking chair. Il tient dans sa main droite un verre et dans sa main gauche un cigare. Derrière lui un noir agite une palme et fait se balancer le rocking chair avec son pied afin d'assurer le confort de son maître. Un boulet d'esclave est accroché au mur dans le quart supérieur gauche.

La première de couverture dénonce les abus du colonialisme et met en évidence ses  effets néfastes sur le comportement des colonisés. En effet le nègre a une attitude de servitude. Il est un véritable exécutant docile. Sa tâche dévalorisante ne semble pas le gêner, au contraire elle lui apporte le sourire. Sa couleur de peau, son attitude, ses vêtements, tout l'oppose à son maître. Le personnage blanc est assis de façon à tourner le dos à son esclave. Le boulet accroché au mur face a lui à une connotation de méchanceté accrue. Son visage sur lequel se dessine un sourire laisse supposer le confort dans lequel il baigne... ou le plaisir d'être servi par un noir soumis.

Cette image est une des seules critiquant le colonialisme Français. Datant de 1907, elle est en avance sur son temps. En revanche elle ne défend pas le statut des noirs qui restent malgré tout des êtres inférieurs.



Planche caricaturale
 

Copie_de_satire

La planche d'images présentée ci contre est composée de quatre vignettes caricaturant le colonialisme. La première vignette illustre  au premier plan un colon mettant une muselière a un crocodile, puis en arrière plan, une ligne de girafes marchant au pas son régies par un autre colon.
L'image qui suit met en scène un nègre maintenu couché sur un pressoir. Un écossais, que l'on reconnaît grâce à sa tenue vestimentaire, lui verse dans sa bouche du whisky pendant qu'un colon blanc active le pressoir en tournant une manivelle. Des pièces d'or sortent du corps, maintenant atrophié, du nègre. Un pasteur/prêtre, situé dans la partie gauche de l'image récite solennellement des passages de la bible.
La vignette suivante montre des soldats européens s'acoquinant avec des négresses dans la nature, alors que la dernière image présente un vieux soldats dînant a la belle étoile et faisant griller à la broche un noir.

Les images dénoncent toutes un comportement abusif et malsain des colons envers les indigènes.

La planche vient donc fermement appuyer le fait que les colons dominent de façon abusive et en tout points les populations colonisées.

La première image dénonce l'emprise des consciences et l'asservissement de la race noire. Les animaux de la savane sont une métaphore des autochtones, ici complètement dominés par des colons en infériorité numérique. La seconde image dénonce les abus économiques, et l'argent fait sur le dos des noirs sans prendre en compte leurs souffrances, des souffrance inexprimées car le noir est sous l'emprise de l'alcool que lui verse le blanc dans le simple bute de ne pas le voir se rebeller contre lui. L'image dénonce également une religion chrétienne fermant les yeux sur les situations qui l'entoure, et donnant bonne conscience à ceux qui agissent mal. Enfin les deux dernières images dénoncent les actes instables des européens envers les noirs, qu'ils soient homme, femmes ou enfants.


Illustration caricaturale du journal La Civilisation

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L’image expose deux blancs. L’un éducateur enseignant à de jeunes nègres les valeurs de la République Française avec symbolisées par un buste de Marianne, l’autre blanc, en arrière plan, est vêtu d’un uniforme de colon, fouette deux nègres qui portent un cimetière sur lequel est dessiné une croix catholique, et leur ordonne de se diriger vers un cimetière. Au premier plan, un noir porte avec difficulté une caisse sur lequel se trouve l’inscription « impôts », et enfin le dernier noir, à la gauche du précédent, se roule par terre de douleur après avoir ingurgité de l’absinthe. Son visage est marqué par la douleur et il dans un geste convulsif il brise la bouteille par terre. 

Cette image dénonce ce que les européens appellent le « progrès social » et qui se traduit, en fait, par « l’individualisme ». En effet le noir, qui ne demande rien, se retrouve battu, forcé a payer des impôts pour ce qu’on appelle le civiliser, c'est-à-dire faire naître chez lui l’éducation avec des besoins inconnus jusqu’ici et tout les vices blancs.


Affiche contre la colonisation affichée en 1930 par le parti communiste Francais et la CGTU

CGTU


En 1930, à l’occasion du centenaire de l’installation de la France en Algérie, les autorités françaises entendent célébrer l’événement par diverses manifestations. Au niveau du quart supérieur, le slogan « 100 ans de domination Française » indique, dès le premier coup d'oeil, la position du parti communiste et de la CGTU face à la colonisation.
L'affiche est rigoureusement construite sur un plan symétrique dont le centre serait l’indigène musulman reconnaissable à sa coiffure, une chéchia. Il symbolise les musulmans algériens sous la domination française.

Toute la partie inférieure de l'affiche illustre des caisses jonchant le sol qui regorgent de diverses richesses comme le sel, le plomb, le vin... et au dessus de ces caisses, comme axe de symétrie de l'affiche, un maghrébin enchaîné a un poteau, qui se courbe mais ne peut accéder à ses richesses. L’accumulation de matières premières énergétiques et minérales aux pieds du personnage suggère que la colonisation, loin d’être motivée par la volonté d’apporter la civilisation aux peuples indigènes, répond à la recherche d’intérêts économique de la part de la métropole : se procurer des matières premières.
De part et d'autre de ce noir, deux visions totalement différentes de l'oeuvre coloniale. Le quart supérieur gauche montre un village nord-africain délabré avec devant ce village un autochtones travaillant dur sa terre avec des moyens rudimentaires. Au contraire, le quart supérieur droit illustre un bâtiment officiel français luxueux, avec devant ce bâtiment des français a leurs aises conversant dans des transats.

Cet axe délimite d'un coté, les colonies tel que le voient l'Etat français et d'un autre coté les colonies vues par les colonisés eux même. L'affiche dénonce un abus de force de l'état français qui ne respecte plus la devise de la France : « liberté, égalité, fraternité ». L’affiche présente la vie coloniale comme fondamentalement inégalitaire : alors que les colons vivent dans le luxe et l’oisiveté, les indigènes sont réduits travailler durement dans un cadre misérable.

Toutefois, tous les Européens d’Algérie ne vivent pas dans le luxe, l’immense majorité sont de condition modeste : ouvriers, employés, petits commerçants ou petits fonctionnaires aux revenus souvent inférieurs à ce qu’ils pourraient espérer en métropole mais qui trouvent dans leur supériorité vis à vis de l’indigène une compensation à leurs frustrations.
 

Posté par hubertpoirot à 15:32 - - Permalien [#]